Gestion des équipes et impact de la crise sur le secteur

Entretien avec Mathilde Alet, Directrice générale du CSA et Nele Smets, Directrice générale adjointe
Mathilde Alet (gauche) Directrice générale et Nele Smets (droite), Directrice générale adjointe. Terrasse du CSA, 2020. Crédits : CSA

Le CSA vient de publier son rapport annuel 2020. Impossible de passer à côté de la crise et de son impact sur les équipes. Quel bilan tirer après un an de confinement ?

 Mathilde Alet : C’est trop tôt pour dresser un bilan, à notre sens, car la crise n’est pas encore derrière nous. Ce que nous pouvons observer, c’est la manière dont nous avons réagi à la crise, dans l’urgence d’abord, puis dans la durée. Nous pouvons nous féliciter d’une grande adaptabilité de notre organisation et des équipes. Nous connaissions déjà le fonctionnement en télétravail avant le Covid, et son extension s’est passée sans heurts. La nature des tâches au CSA s’y prête et nous disposions des aménagements et du matériel adéquats. Chacun.e rencontre dans le travail à distance des avantages, comme la réduction de son temps de trajet, et des inconvénients, la perte des contacts sociaux en particulier. Comme directrices, nous portons une attention toute particulière à garder le lien avec chaque personne, tant dans l’accompagnement des dossiers que sur le plan du moral ou de la conciliation parfois difficile avec la vie privée, quand survient une fermeture de classe par exemple. Nous ne sommes jamais sur des rails. La sortie de crise que nous espérons toutes et tous devra également être accompagnée. Il n’est pas question de juste “refaire comme avant” car nous ne sommes plus les mêmes après une année de confinement. Nous essaierons de garder le meilleur de ce que nous avons appris, et de réparer ce qui a été abimé. Nous veillerons au lien, aux retrouvailles, à la rencontre.

 

Très rapidement, le CSA a cherché à évaluer l’impact de cette crise sur les médias. Deux rapports ont été publiés. Quelles conclusions en tirer ?

 Nele Smets : On peut conclure de nos deux sondages (mai et décembre 2020) que nos médias ont été impactés de manière très variable même si tous ont été impactés. Les médias de grande taille ont subi des pertes, mais leur avenir n’est pas réellement en danger alors que les médias plus locaux sont, pour certains d’entre eux, menacés de disparaitre notamment parce que le marché publicitaire local a énormément souffert ce qui n’est pas (ou moins) le cas des annonceurs nationaux. On remarque également et en toute logique que les médias qui ne sont pas uniquement financés par la publicité ont mieux résisté.

 

Le CSA régule-t-il de la même manière depuis le début de la crise ?

 Mathilde Alet : Les missions du CSA demeurent inchangées en temps de crise, nous restons le régulateur de l’audiovisuel en FWB, avec les compétences et les instruments dont nous dote la législation. Mais bien sûr, la manière de réguler a été adaptée au contexte. Sur la forme d’abord, le Collège d’autorisation et de contrôle ne se réunit plus en présentiel. Les débats, auditions et décisions ont lieu en visioconférence. Sur le fond également, avec la prise en compte des réalités traversées par le secteur lui-même. À ce sujet, nous avons allégé certaines demandes administratives lors du premier confinement et indiqué que nous tiendrons compte de ces mois très particuliers lors des contrôles annuels. Nous faisons notre possible pour garantir un niveau constant de qualité dans l’accueil de nos publics, qu’ils soient plaignant.es ou régulés. Même si c’est par d’autres moyens, nous restons disponibles et veillons à ne pas incarner uniquement le “gendarme de l’audiovisuel” mais aussi à soutenir et accompagner le secteur de l’audiovisuel, en particulier pendant la crise.

 

Quels sont les projets du CSA qui ont marqué l’année 2020 ?

 Nele Smets : Il y en a eu beaucoup ! On peut notamment signaler la production de deux nouvelles études, premières du genre au CSA : une étude sur l’égalité de genre dans les métiers de l’audiovisuel et MAP (Médias : Attitudes & Perceptions), une étude sur les modes de consommation des médias audiovisuels en FWB. Une note d’orientation sur les contenus illicites sur les plateformes de partage de contenu en ligne, des travaux du Collège d’avis sur la transposition de la Directive SMA et du Code des Communications électroniques européen et sur le Plan « Droits des femmes » 2020-2024. Deux rapports sur l’impact de la crise sanitaires sur nos régulés, sans oublier la poursuite du jumelage avec notre homologue tunisien la HAICA.

 

2021 est déjà bien entamée. Quels sont les grands projets du CSA sur les rails ? Quels sont les enjeux que vous désirez pointer pour la fin d’années ?

2021 est bien entamée en effet, avec déjà de belles réalisations comme la publication en mars des baromètres de l’égalité et de la diversité portant, c’est une première, sur le média radiophonique. Parmi les projets et défis qui sont encore devant nous, citons l’implémentation de la directive SMA et, notamment, la question de la contribution à la production des “services télévisuels extérieurs” (c’est à dire qui ciblent la FWB depuis un autre Etat membre de l’UE), le renouvellement des conventions définissant les missions et les obligations des Médias de proximité (anciennement, les “télévisions locales”), l’appel d’offres pour une fréquence de radio indépendante à Bruxelles ou encore le réexamen des marchés du haut débit et de la radiodiffusion. Sur le plan international, le CSA a clôturé avec succès le jumelage avec son homologue tunisien et a défini un plan de coopération sur 4 ans en étroite collaboration avec WBI, qui inclut des projets avec le Sénégal, le Bénin et la Tunisie. Le CSA poursuit également son implication au sein de la plateforme des régulateurs européens, l’ERGA, dont il exerce la vice-présidence. La reprise espérée du travail en présentiel nous permettra enfin de lancer la 2ème édition de l’événement MeetYou, visant à créer le lien et le dialogue entre le régulateur et les vloggeurs.