Etat des lieux des plaintes reçues et traitées en 2020

Entretien avec Minh Giang Do Thi et Elena Rommel du Secrétariat d'instruction

Le CSA vient de publier son rapport annuel 2020. Malgré une année de crise au cours de laquelle l’audience des médias a pu augmenter, on observe une légère diminution des plaintes adressées au CSA. Comment l’expliquez-vous ?   

Une première justification qui pourrait être avancée est la mise en ligne du nouveau site web du CSA, qui propose un formulaire de plainte plus concis, proposant plusieurs options de réponse, notamment relatives au média ou à la thématique concernés. Cela permet de diminuer le nombre de plaintes irrecevables. D’ailleurs, les chiffres montrent une majorité de plaintes recevables (alors qu’avant 2018, le ratio était inversé). On observe ainsi une très forte diminution des plaintes visant les chaînes de télévision ou de radio françaises (154 plaignant.e.s redirigé.e.s vers le CSA français en 2017 ; 5 en 2020).

On peut aussi considérer le phénomène des « plaintes multiples » qui était très marqué en 2017 (86 plaintes sur un même programme) et aussi marqué en 2018 (45 plaintes sur un même programme). En 2020, deux programmes ont fait l’objet de multiples plaintes, mais dans une mesure bien moindre (14 plaintes concernant un reportage dans les journaux télévisés de la RTBF du 12 juin 2020 consacré aux actes de vandalisme sur une statue de Léopold II et sur la plaque du Boulevard Léopold II à Bruxelles ; 8 plaintes concernant une interview de Georges-Louis Bouchez, Président du MR, réalisée par le journaliste Thomas Gadisseux dans l’émission « Matin Première »).

En matière de préoccupation des publics, quelles sont les tendances que l’on observe ces dernières années ?

Si l’on ne prend en compte que les plaintes recevables, la discrimination est la thématique le plus souvent invoquée (un cinquième des plaintes). Plusieurs formes de discriminations sont visées : racisme, sexisme, homophobie, islamophobie, grossophobie. Les citoyens placent ces questions au cœur de leurs préoccupations. En outre, on constate un lien évident avec les thématiques qui occupent le devant de l’actualité dans le monde (racisme – l’affaire Georges Floyd et le mouvement « Black Lives Matter » ; sexisme – les mouvements « #MeToo », « Balance ton porc », etc.)

La protection des mineurs reste un sujet de préoccupation important.

La crise sanitaire a, naturellement, également eu un impact sur les plaintes, notamment en matière d’information, on y revient plus loin.

Enfin, l’accessibilité des programmes aux personnes à déficience sensorielle a été un thème particulièrement saillant en raison de la crise, en particulier la visibilité de la traduction en langue des signes des informations liées à la pandémie telles que les conférences de presse des autorités. 

Les discriminations représentent toujours la première thématique des plaintes recevables adressées CSA, mais « l’information » est devenue la première préoccupation des publics en matière de plaintes (recevables et irrecevables). Un effet de la crise ?

Oui, sans doute que la crise a, d’une part, amené les citoyens à s’informer davantage, et d’autre part, créé plus d’attentes envers cette information donnée par les médias traditionnels. La majorité de ces plaintes relevaient uniquement de la déontologie journalistique et ont donc été considérées comme étant irrecevables par le Secrétariat d’instruction (33 sur 55 plaintes) qui les a transférées au Conseil de déontologie journalistique. Les autres soulevaient des enjeux relevant de la compétence du CSA dans des programmes d’information et ont dès lors fait l’objet d’un examen par le SI. Elles ont été classées sans suite puis transférées au CDJ pour examen sous l’angle de la déontologie journalistique. 

La télévision reste le premier média visé par les plaintes, mais les plaintes concernent aussi de plus en plus les plateformes et les réseaux sociaux. Quels sont les enjeux soulevés par ces plaintes ?

En 2020, 33 plaintes sur 226 visaient internet ou les réseaux sociaux (14,6%). En 2019, les plaintes visant internet et les réseaux sociaux représentaient 6% des plaintes. En un an, la proportion a donc plus que doublé, ce qui correspond au développement croissant des plateformes (notamment les plateformes de partage de vidéo) et au nombre croissant d’utilisateurs.

On constate qu’il n’y a pas de thématiques spécifiques qui seraient liées au fait que les plaintes concernent des médias en ligne. On retrouve donc les mêmes thématiques que pour les plaintes visant les médias traditionnels : information (en ligne), discrimination, protection des mineurs, communications commerciales, incitation à la haine, dignité humaine, etc. Les plaintes visant des médias en ligne portent, en 2020, principalement sur les plateformes de la RTBF (site internet, Facebook).

Si l’enjeu ne résidera pas, en l’état, dans les sujets des plaintes, il se concentrera, par contre, sur les questions de compétence du CSA quant à ces nouveaux médias et leurs éditeurs.

Enfin, la période pendant laquelle les plaintes s’étaient raréfiées correspond au premier confinement. On l’a vu, elle correspond à un retour vers les médias classiques. La conjonction des deux, diminution des plaintes et augmentation de l’usage des médias traditionnels pourrait aussi s’analyser comme un regain de confiance dans le chef des usagers d’une part et un souci particulier de qualité de la part des médias d’autre part.