ILS.ELLES font écho

Le mur des voix

 

Au cours de la réalisation de l’étude, de nombreux.ses professionnel.le.s de l’audiovisuel ont été interrogé.e.s sur leur expérience des rapports hommes-femmes au travail. Cette page recueille une série de situations, opinions et sentiments généraux s’étant dégagés de ces contributions.

Il y a ce plafond de verre qui est là. Parmi les chefs, les sous-chefs, il n’y a qu’une femme ; donc en fait tous les directeurs se ressemblent. Ils engagent des gens dans lesquels ils se retrouvent.

Je trouve que la majorité des femmes qui sont cheffes ressemblent à des hommes, au niveau de l’attitude, au niveau de la tenue vestimentaire et au niveau des idées qu’elles défendent.

J’ai eu le cas d’un homme qui n’acceptait absolument pas d’être managé par une femme. Ça a été des insultes en réunion, il essayait de me faire sortir de mes gonds. Il me traitait d’incapable en réunion d’équipe, me provoquait, ne faisait pas ce que je lui demandais.

J’ai eu une collègue qui prenait des médicaments avant d’entrer en réunion avec cet homme tellement elle avait peur de lui

Je n’ai pas les mêmes avantages que mon collègue par rapport aux horaires et aux possibilités de travail à distance. Je dois justifier mes demandes de formation alors que ce n’est pas le cas pour mon collègue.

Jamais on ne m’aurait autorisée à avoir un poste à 4/5eme en ayant un poste à responsabilités. Le travail vampirise toute votre vie. On doit toujours être disponible, joignable.

Les responsables hiérarchiques hommes me font peur. Ils sont autoritaires et créent un climat toxique.

♂  J’ai été témoin de pressions psychologiques pour obliger des collègues à prester en dehors des heures habituelles.

Pour se faire respecter, la femme doit aborder un comportement qui est beaucoup plus masculin. Une femme qui s’exprime fort, elle crie alors qu’un homme qui s’exprime fort, se fait respecter. Une femme doit vraiment avoir des comportements physiques qui sont très masculins, des phrases très masculines, très tranchantes.

Les femmes qui occupent des postes à responsabilités doivent adopter un comportement qui enlève toute émotion ; car à partir du moment où on rentre dans du social, du relationnel, tout cela à haute strate, c’est exclu.

Le réseau, ça se crée, ça demande des activités à l’extérieur. Je n’arrive déjà pas à combiner vie de famille et boulot, alors en plus aller à tel truc mondain pour se montrer et faire pote-pote, je crois que la femme n’a juste pas le temps.

Je me suis heurtée à de la misogynie, à : ‘’on ne veut pas travailler avec une femme’’. Ça se traduit dans une réunion par exemple : si vous dites quelque chose, le chef n’entend même pas. C’est à peine s’il vous regarde. Il va vous regarder si vous avez un beau décolleté et ça va l’intéresser. Mais au-delà de ça, en termes professionnels, on ne vous entend pas.

Quand on a un poste à responsabilités, les enfants trinquent. On est H24 contactable.

♂ Je subis de nombreuses injonctions quotidiennes à ne pas être une tapette, ne pas me comporter comme un pédé… des phrases “banales” au quotidien.

J’ai fait des journées de 10h à 12h par jour, travaillé le week-end. Je ne lâche jamais mon travail. Cela a joué dans ma séparation.

Ça m’est déjà arrivé quand on faisait des équipes mixtes et où j’arrivais en tant que caméraman. Ou alors parfois j’arrive avec le caméraman et il y a des gens qui systématiquement s’adressent à l’homme. Ce sont souvent des hommes qui parlent aux caméramans. Les femmes parlent aux deux.

J’ai dû batailler ferme avec mon patron pour qu’il me considère l’égale d’un technicien, c’est dû je pense aux qualités ‘’masculines’’ qui sont mieux perçues par lui (comme l’ambition, l’acharnement au travail), et je sais que j’étais attendue au tournant.

Scripte, on m’a souvent dit que c’est un métier qui correspond aux femmes, et puis on est un peu la maman de l’équipe. On va vérifier que tout le monde a pensé à tout (…) ça a un côté très maternel.

La scripte c’est le chef d’orchestre ou la maman de l’équipe. Ingénieur du son, c’est un métier fait pour les garçons.

Aujourd’hui encore une journaliste sportive ne peut pas commenter un match de foot. Selon la hiérarchie :  “le public n’est pas prêt”.

Pour devenir réalisatrice, j’ai fait presque du lobbying, été toquer à toutes les portes, en montrant ma motivation, mon envie, mes capacités. Petit à petit, on m’a laissé faire de l’assistance de réalisation, on m’a donné une petite captation, une autre… mais ça a pris tellement de temps, j’ai perdu beaucoup d’énergie à prouver ce que j’étais

A l’écran ou au micro, ce qui les intéressent, c’est que vous faites du sympa, du rigolo (…) on nous dit d’être moins éditorialistes, plus rigolotes.

Il y a des remarques sur le plateau télévisé, on te dit : “Souris plus” (…) on ne dirait jamais à un homme de sourire plus.

Dans le cadre de piges, le responsable de l’émission me demandait sans cesse la couleur de mon soutien-gorge et faisait régulièrement des allusions sexuelles.

Sur un plateau de cinéma, un collègue qui ne m’avait pas parlé du tournage, m’a remerciée pour la présence de mon cul sur ce tournage, devant toute l’équipe… J’étais ramenée à un bout de viande.

♂ Je n’ai eu que des femmes comme supérieures hiérarchiques. Franchement, la discrimination se fait bien au-delà du genre. Certaines femmes se cooptent entre elles.

Un homme m’a accusée d’avoir couché avec un supérieur “pour évoluer si vite en si peu de temps”.

La direction m’a traitée d’incompétente et de sans cerveau.

On mettait systématiquement en doute mes informations à l’antenne alors qu’elles étaient valides.

Mon ancien patron a tenté de m’embrasser.

Un collègue a mimé un coït en me plaquant contre une armoire.

Mon promoteur de stage a plusieurs fois posé sa main sur ma cuisse, je n’ai osé rien dire.

♂ L’égalité des genres est une base qui me semble faire partie de l’ADN de mon entreprise.

Mon ancien patron demandait régulièrement que l’on se voie pour travailler en huis clos, il fermait systématiquement la porte de mon bureau pour discuter ou travailler. Il était de plus en plus tactile et cela me mettait terriblement mal à l’aise. Un jour, il a tenté de m’embrasser, j’ai esquivé subtilement. Après mon refus, il m’a doucement et adroitement écartée du travail et n’a plus fait appel à mes services.

Si je dois faire un direct ou si je dois préparer une info, ça veut dire qu’on termine vers 20h. Le temps de rentrer, etc…. J’essaye d’anticiper un maximum, de préparer des repas à l’avance.

J’ai déjà été mise à part et ennuyée uniquement parce que j’étais une femme dans une équipe de tournage. Le réalisateur ne me donnait pas les infos utiles, ne partageait pas les changements de plans avec moi, faisait des remarques sexistes. En voyant mon air mécontent, il me traitait de “mal baisée”, (disait) que j’étais coincée.

Depuis que j’ai des enfants ce n’est plus du tout la même vie qu’avant, je m’autorise beaucoup moins de faire des reportages en horaires décalés, alors qu’avant je m’en foutais. Si j’avais envie de faire un reportage qui commençait très tôt le matin ou qui finissait tard le soir, ou le weekend, bah ça n’avait pas d’importance

La contrainte majeure, c’est forcément de travailler le weekend. Lorsqu’on ne peut pas être chez soi, on doit forcément compter sur la famille, s’organiser pour la garde

J’ai continué à bosser pendant mon congé maternité et je n’ai pas osé prendre tout mon temps de congé maternité, j’ai pris un peu moins pour être sûre de bien revenir et de garder le lien.

Une journée type, je dépose mes enfants à l’école à 7h55, tout va bien, jusque-là . Et puis après ma journée de travail, je vais aller les récupérer à l’école, j’ai prévu d’être là à 17h15-17h30, 18h maxi et après il y a les activités parascolaires, faire le diner, donner les bains. Et après je vais les coucher assez tôt pour maximum 20h au lit et puis je retravaille jusque 22-23h. Parce que je n’ai pas le choix. Si je veux aller les rechercher à l’école tôt, je n’ai pas le choix

♂  Je trouve les quotas dégradants. J’aime pas cette fausse solution au problème.

En tant que femme, j’estime que nous représentons 50% de la société et que nous avons donc une grande responsabilité dans l’évolution des mentalités et l’égalité des chances. La victimisation est contre-productive, nous devons démontrer par les faits que nous valons autant que les hommes dans le milieu professionnel.

J’ai travaillé avec un homme qui avait un réel problème relationnel avec les femmes. Je pense qu’avoir une femme en face de lui qui venait lui suggérer des idées, qui allait l’aider et qui allait le titiller, c’était juste impossible pour lui. Il m’a fait vivre les pires moments professionnels.

J’ai assisté à une réunion où ils étaient des coqs, je n’existais pas, c’était eux entre eux.

Je n’ai fait qu’un enfant parce que c’était un choix par rapport à ma situation professionnelle. Comment j’aurais concilié mon emploi avec les contraintes de crèche, d’école, de maladie ? Ça c’est terrible. Il est impensable d’appeler pour dire qu’on a un enfant malade. (…) Un deuxième enfant, jamais je ne pourrais c’est impossible

Avec les hommes, il faut se couper de ses émotions quand on va en réunion, quand on va défendre un projet, un dossier, demander des moyens supplémentaires. Il faut vraiment y aller de manière non émotionnelle. Parce que l’émotionnel ça ne marche pas

Avec les hommes, il faut se couper de ses émotions quand on va en réunion, quand on va défendre un projet, un dossier, demander des moyens supplémentaires. Il faut vraiment y aller de manière non émotionnelle. Parce que l’émotionnel ça ne marche pas

Les femmes au pouvoir que j’ai connues dans mon entreprise n’étaient pas forcément mieux en fait, elles étaient même parfois plus dures, en mode : “moi j’ai pu y arriver donc toi aussi tu peux y arriver, mords sur ta chique”.

Ma difficulté à avoir accès à un poste de réalisatrice c’était dû au fait que j’étais une femme, c’était évident. On m’a dit  :”’Est-ce que tu vas pouvoir gérer les équipes ? C’est compliqué la réalisation ! (…)”.

J’ai travaillé comme assistante de production, les assistantes de production sont essentiellement des femmes et les responsables de la production sont souvent des hommes.

Dans mon école, j’étais la seule fille dans une classe de 11. Je me souviens que la première année où je suis arrivée, on m’a dit : est-ce que tu es sûre que tu veux faire réalisation, tu ne veux pas plutôt faire scripte ? Ca commençait déjà

Un jour où je perchais en remplacement, mon chef de poste m’a dit qu’un acteur avait dit que j’avais des petits bras et que je “galérais” du fait que j’étais une femme (la seule sur le plateau) et que je n’avais pas ma place.

Pour les femmes c’est terrible, on ne peut pas avoir le kilo de trop, on doit juste être la bimbo parfaite. (…) Aucune tolérance.

Lorsque l’on fait du face caméra en télé, une femme est plus vite considérée ‘’pas suffisamment jolie’’ ou ‘’trop vieille’’ qu’un homme. On voit des hommes cernés, chauves, bedonnants à l’antenne alors qu’une femme doit encore et toujours être jeune et jolie. Arriver avec de nouveaux projets en télé quand on a passé 35 ans, c’est mission impossible.

Un collègue homme avait tendance à me couper beaucoup plus la parole. Une fois, je lui ai même dit : ‘’Dis, je peux juste aller jusqu’à la fin de ma phrase ?’’, car ça m’énervait, cette façon de me rabrouer tout le temps en direct. Je leur dis : quand vous prenez une femme, faites-en sorte qu’elle ait le même rôle que l’homme. Qu’elle ne soit pas une espèce d’amuse-bouche qu’on met en plus !

♂  J’assiste quotidiennement à des remarques de collègues masculins adressées à des femmes, à la façon de les interpeller avec du “salut les poulettes ».

Quand tu as mis une jupe, on te dit : oh c’est bien t’as mis tes jambes aujourd’hui.

Régulièrement j’entends de la part de mes collègues masculins : des blagues de cul, des remarques sur mes seins, mes fesses ; des phrases du type : “puisqu’on ne fait rien, on pourrait baiser dans un coin’’ ; de subir la question “toi les poils pubiens, c’est ticket de métro, rien, ou la forêt vierge ?”. Oui c’est pénible.

♂  Je suis un mec, belge, marié, hétéro et blanc, donc je suis sans doute biaisé par ma méconnaissance des difficultés. Mais je n’aime pas quand on parle d’égalité dans ce qui nous différencie. J’aime nos différences comme richesse.

J’ai l’impression que l’on doit se transformer en taureaux, qu’il faut être offensive, agressive.

Un de mes supérieurs critique ouvertement les femmes. Selon lui, les femmes en politique sont une source de disputes et embrouilles en tous genres car elles ne savent pas se contrôler, la bonne vieille hystérie…

J’ai assisté à des discriminations sous forme de critique du caractère de certaines femmes qui seraient chiantes, pleureuses et émotives.

A mon entretien d’embauche, on m’a demandé si ce n’était pas incompatible d’être journaliste et jeune maman.

Lorsque je suis revenue de mon congé maternité, pendant quelques mois, on m’appelait ‘’Maman’’, j’étais devenue maman, plus journaliste.

J’ai été insultée, traitée de connasse et de salope sur mon lieu de travail.

♂  J’ai assisté à des câlins forcés d’un chef de poste vis à vis d’une collègue femme.

Un journaliste m’a touché les seins quand j’étais en stage, c’était dans un couloir et cela s’est produit si vite que je n’ai pas su réagir.

Je mets toujours des t-shirts larges, je demande toujours la taille au-dessus. Je fais sans doute cela inconsciemment, je sais que j’aurai la paix comme cela. Ça me donne aussi un côté un peu plus garçon, un peu plus ‘’rentre dedans’’. Hors du boulot, je mets des robes. Je ne me maquille jamais au boulot, je le fais en dehors.

Le réalisateur s’en est pris à une figurante nue sur une table d’opération, il l’a dénudée de son drap pour faire rire ses collègues sans justification professionnelle

Travailler et avoir une vie personnelle c’est : on va chercher les enfants à l’école, on fait les devoirs, on fait à manger, en même temps on répond à ses mails et ses appels téléphoniques, et puis on travaille le soir et ça se traduit au final avec des enfants qui disent : ‘’Mais maman, tu es toujours sur ton téléphone, maman t’es pas là’’

Dans mon couple, c’est vrai que je me rends quand même compte que je prends plus que la moitié à ma charge, donc le suivi médical, scolaire, etc. Je suis quand même un peu la garante de tout ça, cela m’incombe. Ca fait beaucoup sur le dos à organiser, c’est pas impossible, mais j’ai quand même fait un burnout

Beaucoup de gens nous disent que le cyberharcèlement, la haine sur internet, la misogynie et les insultes, c’est ‘le revers de la médaille’, sauf que nos confrères n’ont pas ce revers-là.

Faire des réunions qui durent jusqu’à 19h30, c’est un enfer, … et vous, vous savez qu’il y a votre enfant qui a été repris par une maman d’élève, vous êtes coincée là sur des choses qui ne vous concernent pas et que vous ne pouvez pas bouger. J’ai fini par craquer un jour, quand les larmes ont commencé à couler, je voyais l’heure. C’était un non-choix, soit je me faisais allumer par mon chef parce que je me casse à 18H00, soit je laisse mon enfant chez des gens qui ne sont pas censés la garder jusqu’à 20h00. C’est ce genre de pressions qui sont intolérables

♂  Trop souvent je suis témoin de sexisme et personne ne réagit, tout le monde est habitué.

Il y a un effort ces dernières années pour placer des femmes à des postes à responsabilités, il y en a de plus en plus.

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