L’origine 

    Comment encoder l’origine en radio ?

     

    Nous nous sommes posé.e.s la  question de savoir si nous disposions d’indices/de mentions/de marqueurs qui amènent à percevoir l’intervenant.e comme étant issu.e de la diversité ?

     

    Ces marqueurs de perception ne peuvent s’appuyer que sur les matériaux sémiotiques offerts par la radio :

    –          Le contexte de l’émission (thème, champ lexical, etc.)

    –          Des mentions explicites recueillies dans les commentaires ou par auto-désignation, telles que la mention de la nationalité ou de l’origine des individus ;

    –          Des indices recueillis dans les commentaires, tels que le nom et le prénom des individus ;

    le nom et le prénom des individus activent en effet des perceptions et donc un mécanisme de catégorisation sociale ;

    –          Des marqueurs socio-linguistiques, tels que l’accent ou le lexique employé (en combinaison).

    Nous avons fait une exception au principe d’encodage fondé sur des perceptions extérieures pour les personnalités connues et personnages publics de premier plan (par ex. représentant.e.s politiques, chanteur.euse.s, sportif.ve.s).

     

    En l’absence de ces marqueurs, l’origine perçue a été encodée comme « ne sait pas ». En effet, l’absence de ces marqueurs ne signifie pas nécessairement que l’intervenant.e n’est pas issu.e de la diversité, mais qu’on n’a pas d’éléments pour le.la percevoir comme tel.le.

     

    La méthodologie d’encodage de la diversité diffère donc quelque peu par rapport à celle utilisée dans les Baromètres des services télévisuels, ce qui nous amène à opérer des comparaisons avec prudence.

     

     

    L’origine sur l’ensemble des programmes

     

    Les intervenant.e.s issu.e.s de la diversité peuvent apparaître à l’antenne de deux manières : soit en tant qu’individu (on désigne une personne particulière), soit en tant que groupe (un ensemble de personnes est désigné derrière un terme générique : par exemple, « les migrant.e.s », les « demandeur.euse.s d’asile », etc.). Si l’on inclut les groupes, 1667 intervenant.e.s sur 11074 ont été perçu.e.s comme étant issu.e.s de la diversité, soit 15,05 %. En revanche, si l’on exclut les groupes issus de la diversité, on recense 1410 intervenant.e.s issu.e.s de la diversité sur 11074 intervenant.e.s, soit 12,73 %.

    Une grande proportion de ces intervenant.e.s est constituée de personnages connus et issus de la diversité (669/1410, soit 47,45 %) : chanteur.euse.s, sportif.ve.s, représentant.e.s politiques.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Nous avons retravaillé les données du Baromètre des services télévisuels de 2017 – en intégrant les personnes dont on ne peut identifier l’origine et les groupes multiculturels – afin que les deux méthodologies de calcul de la diversité concordent le plus possible. Une fois ce recodage opéré, on recense 14,42 % d’intervenant.e.s perçu.e.s comme étant issu.e.s de la diversité  dans le Baromètre des services télévisuels pour 15,05 % dans celui des services radiophoniques (avec les groupes).

     

    L’origine dans les différentes séquences

     

    C’est dans les séquences relatives à l’information et à l’actualité que se concentrent la plupart des intervenant.e.s perçu.e.s comme issu.e.s de la diversité recensé.e.s dans le corpus. En effet, l’analyse de la distribution des 1667 intervenant.e.s perçu.e.s comme issu.e.s de la diversité dans les différents formats de séquence met en exergue que 617 d’entre eux et elles (soit 37,01 %) figurent dans les « journaux parlés », 261 (soit 15,66 %) dans les « titres/flashs infos » et 240 (soit 14,40 %) dans les « chroniques d’actualité ». Ensemble ces trois formats de séquence rassemblent donc 67,07 % des intervenant.e.s perçu.e.s comme étant issu.e.s de la diversité.

    L’analyse de la distribution des intervenant.e.s perçu.e.s ou non comme étant issu.e.s de la diversité au sein de chaque catégorie de séquence montre des écarts importants. En effet, les séquences relatives à l’information et à l’actualité totalisent 23,87 % d’intervenant.e.s issu.e.s de la diversité. Cette proportion descend à 15,22 % pour les séquences relatives à l’humour et au divertissement. Enfin, dans les séquences de type transversal on ne dénombre plus que 4,30 % d’intervenant.e.s perçu.e.s comme issu.e.s de la diversité. Ceci peut s’expliquer, en partie, par la place occupée par les voix d’habillage d’antenne dans cette catégorie de séquences. Or, ces dernières sont en règle générale des voix « non personnalisées » dont on ne peut identifier l’origine, sauf si le jingle explicitement met en scène un personnage connu (le plus souvent un.e artiste qui associe son nom à celui de la chaîne).

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L’origine dans les rôles médiatiques

     

    L’analyse des rôles médiatiques amène plusieurs enseignements.

    Premièrement, la diversité s’incarne beaucoup plus dans des stars internationales de la chanson que dans des journalistes/animateur.trice.s, expert.e.s, porte-paroles voire même candidat.e.s à un jeu de portée plus locale ou nationale. En effet, le rôle médiatique qui laisse le plus de place à la diversité dans le présent Baromètre des services radiophoniques est en effet celui d’interprète musical (26,44 %). Notons qu’il s’agit d’un des rôles pour lequel nous disposons le plus de marqueurs d’identité pour caractériser les intervenant.e.s.

    Deuxièmement, on relève que les personnes perçues comme issues de la diversité sont un peu plus nombreuses dans le rôle de vox populi fondé sur l’expérience vécue et la parole de témoignage (12,91 %) que dans ceux d’expert.e (9,52 %) ou de journaliste/animateur.rice/chroniqueur.euse (7,43 %). C’est un constat que nous dressions déjà dans les Baromètres des services télévisuels. A titre de comparaison, on relèvera que les personnes issues de la diversité représentaient 7,74 % des expert.e.s dans le Baromètre des services télévisuels, 3,78 % des journalistes/animateur.trice.s et 13,18 % du rôle de vox populi. Dans le présent Baromètre radio, les personnes issu.e.s de la diversité sont toutefois légèrement plus présentes que dans le Baromètre des services télévisuels dans le rôle de porte-parole (11,86 % – le plus souvent des sportif.ve.s – pour 8,70 % dans le Baromètre des services télévisuels).

    On ajoutera que dans le Baromètre 2019 des services radiophoniques 12,35 % des intervenant.e.s qui portent une parole politique (invité.e politique) sont issu.e.s de la diversité. On notera toutefois qu’ils/elles interviennent dans des séquences de « journaux parlés » ou de « flashs infos » et non pas dans des formats d’entretiens/interview/rencontre.

    Enfin, le rôle médiatique dans lequel les personnes issues de la diversité étaient les plus présentes dans le Baromètre 2017 des services télévisuels était celui de candidat.e à un jeu (18,26 %). Dans le présent Baromètre des services radiophoniques c’est un des rôles dans lequel on identifie le moins de diversité des origines : en effet sur 192 candidat.e.s à un jeu on ne recense que 6 candidat.e.s (soit 3,13 %) perçu.e.s comme étant issu.e.s de la diversité.

     

    L’origine dans l’information

     

    Si l’on se penche sur les intervenant.e.s qui prennent place dans le genre de l’information auxquel.le.s on additionne ceux.celles qui prennent place dans les séquences de « journaux parlés » et « flashs infos » situées dans les magazines, émissions de musique et divertissement, la proportion d’intervenant.e.s perçu.e.s comme étant issu.e.s de la diversité est de 22,68 %.

    Ces chiffres sont plus élevés que ceux enregistrés au cours des différents Baromètres des services télévisuels 2011-2017. En effet, dans le Baromètre des services télévisuels de 2017 les personnes issues de la diversité composaient 11,31 % des intervenant.e.s identifié.e.s dans l’information hors groupes multiculturels et 14,29 % avec les groupes multiculturels. Toutefois, rappelons à nouveau que les comparaisons doivent être effectuées avec précautions car les méthodes d’encodage de la diversité des origines, mais aussi de découpage des programmes, divergent quelque peu.

    Lorsqu’on analyse la portée des sujets d’information (locale, nationale ou internationale), on relève que ce sont toujours les sujets internationaux qui témoignent de la plus grande diversité des origines. On recense en effet 47,54 % d’individus perçu.e.s comme issu.e.s de la diversité dans l’information de portée internationale contre 16,82 % dans celle de portée nationale et seulement 6,86 % dans celle de portée locale. Nous faisions déjà ce constat dans les différents Baromètres des services télévisuels. Ceci met à nouveau en exergue que la diversité qui est représentée dans l’information est d’abord une diversité à l’extérieur de nos frontières, présentée dans des rubriques internationales et non locales ou belges. La diversité des origines est peu représentée dans notre environnement quotidien (local ou national), elle vient surtout de la médiatisation d’un « ailleurs ».

    Lorsqu’on distribue les intervenant.e.s dans les différentes rubriques de l’information, on relève que le sport est  la seule thématique dans laquelle les personnes issues de la diversité sont majoritaires : elles représentent 53,80 % des intervenant.e.s de cette rubrique. Cette proportion importante est à mettre en lien avec plusieurs compétitions sportives nationales et internationales qui se sont déroulées au cours de la semaine encodée. Toutefois, c’est un constat que nous formulions déjà dans le Baromètre 2017 des services télévisuels. L’association des personnes issues de la diversité au sport est un constat récurrent au fil des analyses.

    Dans les sujets relatifs à l’environnement/énergie/mobilité quatre intervenant.e.s sur dix (40,95 %) sont perçu.e.s comme issu.e.s de la diversité. Il s’agit en majeure partie de personnes associées à des catastrophes naturelles dans des pays étrangers : ouragan aux Bahamas, typhon au Japon, déforestation en Amazonie. Il s’agit donc d’une diversité à l’extérieur de nos frontières et non pas dans des sujets locaux ou nationaux. En outre, la plupart de ces intervenant.e.s sont mentionné.e.s à l’antenne en tant que collectivité/groupe et non pas en tant qu’individualités.

    Dans l’information politique et les sujets de société (c’est-à-dire dans les deux rubriques les plus fréquentes à côté du sport au sein de notre corpus), la proportion d’intervenant.e.s perçu.e.s comme issu.e.s de la diversité est respectivement de 18,26 % et 16,50 %.

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