Annoncée par le Ministre fédéral de l’Environnement, Jean-Luc Crucke en marge de la COP30 de Belém, en novembre dernier, la mise en place du Baromètre Belge de l’Information Environnementale en Belgique est désormais effective. Initié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et le SPF Santé publique, ce projet, qui a été élargi à l’ensemble de la Belgique sous l’impulsion du Ministre Crucke, vise à comprendre et renforcer le traitement des questions environnementales dans les médias belges, et à lutter contre la désinformation. Ce lundi, de premiers résultats ont pu être présentés à la presse.

Alors que les crises environnementales s’intensifient à un rythme sans précédent, le traitement médiatique de ces thématiques s’impose comme un levier déterminant pour informer et mobiliser l’ensemble de la société. Les médias permettent en effet à chacun (citoyens, entreprises, décideurs) de s’approprier les enjeux, de débattre des solutions, et de contribuer, en connaissance de cause, à la transition environnementale de nos sociétés.

Pourtant, ce traitement médiatique demeure aujourd’hui largement insuffisant, tant en volume qu’en qualité. Selon un récent Eurobaromètre, seuls 44% des citoyens belges s’estiment informés de manière claire des enjeux climatiques par la presse traditionnelle, tandis que 52% estiment avoir du mal à différencier les informations vraies des fausses en matière de climat sur les réseaux sociaux. En parallèle, on observe une forte augmentation du contenu (volontairement ou non) trompeur sur les enjeux de transition climatique et environnementales sur les réseaux sociaux.

C’est la raison pour laquelle le SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement, a mis en place « le Baromètre Belge de l’Information Environnementale », avec le soutien du CSA. Ce projet, mené par l’association Quotaclimat, a pour mission (i) d’analyser le traitement médiatique des enjeux environnementaux dans les programmes d’information radiophoniques et télévisuels au nord et au sud du pays, (ii) de mieux comprendre les phénomènes de désinformation et de mésinformation climatique et environnementale dans notre pays et (iii) de mener des concertations avec le secteur médiatique belge pour identifier des bonnes pratiques et des mesures à mettre en place. A terme, ce projet inclura également les réseaux sociaux dans son périmètre.

De premiers résultats dévoilés pour les services télévisuels francophones  

Ce lundi 26 janvier 2026, lors du lancement du projet, un premier état des lieux chiffré de la couverture médiatique des enjeux environnementaux à la télévision belge francophone sur une période de 15 mois a pu être présenté. Celui-ci couvre les programmes d’information de la Une, la Trois, RTL-TVI, LN24 et Trends Z. Il analyse le temps d’antenne consacré aux enjeux environnementaux, la manière dont ceux-ci sont abordés (causes, constats, conséquences, solutions) ainsi que les secteurs d’activité concernés (énergie, mobilité, agriculture, logement, etc).

La méthodologie de mesure des sujets traités dans les programmes télévisuels repose sur l’analyse d’un champ lexical massif, développé avec un comité d’experts, et recouvrant un large ensemble de mots-clés liés aux crises environnementales.

Une série de constats peut être mis en évidence :

  • Une couverture sujette aux variations lors d’événements médiatiques : bien que la couverture des sujets environnementaux soit plus élevée qu’en France, celle-ci demeure fortement rythmée par l’agenda médiatique, avec des pics lors d’événements comme les canicules ou les COP.
  • Une couverture qualitative : la télévision francophone belge se distingue par une bonne contextualisation des événements climatiques, et accorde une attention équilibrée aux causes, conséquences et solutions de ces événements[1].
  • De fortes différences entre chaînes : des écarts significatifs sont observés d’une chaîne à l’autre, avec une couverture globalement plus élevée sur le service public que sur les chaînes privées, même si les niveaux restent relativement proches entre chaînes généralistes[2].
  • De fortes disparités entre secteurs: Alors que de nombreux reportages sont consacrés aux questions liées à la production d’énergie ou au transport, certains secteurs clés, comme le logement, restent largement sous-représentés malgré leur poids réel dans les émissions de gaz à effet de serre[3].

Vers une analyse complète du paysage audio-visuel belge et des enjeux de désinformation

Cette initiative portée par le Ministre Crucke s’inscrit dans une volonté de mieux comprendre l’état et les dynamiques de la couverture médiatique des enjeux environnementaux en Belgique. Ces analyses rigoureuses sont une première étape essentielle pour objectiver les pratiques existantes et alimenter le débat sur le rôle des médias dans l’information environnementale.

Des résultats couvrant l’ensemble du paysage audiovisuel belge, tant francophone que néerlandophone, seront disponibles en milieu d’année. Une série de concertations sera également organisée avec le secteur des médias, dans une logique de dialogue et de co-construction, afin d’identifier des bonnes pratiques et pistes d’amélioration. Plusieurs analyses complémentaires sont attendues, notamment sur les enjeux de désinformation et sur le rôle des réseaux sociaux, afin d’offrir une vision plus globale de l’écosystème informationnel.

Selon Jean-Luc Crucke, Ministre Fédéral de l’Environnement : « Dans le contexte de la transition climatique et environnementale, une information claire, factuelle et scientifiquement validée est essentielle. Les médias sont des alliés précieux pour renforcer la compréhension des enjeux, lutter contre la désinformation et aider les citoyens à mieux cerner les défis environnementaux et les solutions possibles. Le Baromètre Belge de l’Information Environnementale vise à fournir aux médias belges des clés de lecture pour les accompagner dans cette mission. ».

Selon Karim Ibourki, Président du CSA : « Dans une Europe déstabilisée et mise sous pression de toutes parts par ceux qui veulent nuire à nos démocraties, la désinformation climatique n’est plus seulement un phénomène en ligne ou dans nos médias, mais un instrument visant à nous empêcher de suivre la voie qui est la nôtre : celle d’une société autonome et responsable qui a pris la route de la transition climatique. Les médias ont un rôle capital à jouer dans cette transition. Pour les soutenir dans ce rôle, il est nécessaire de disposer de données solides qui monitorent cette thématique. La mise en place de ce projet national est une belle pierre à cet édifice de la transition climatique. Je suis particulièrement fier que les équipes du CSA aient contribué à la mise en marche de ce projet. »

 

 En savoir plus:

notre page dédiée sur notre site

télécharger le rapport

accéder aux tableaux de bord d’analyse

 

 

[1] Lors de la canicule de 2025, par exemple, le lien entre canicule et dérèglement climatique a été 6,7 fois plus élevé en Belgique qu’en France. La télévision francophone belge semble, à ce titre, faire un effort de recontextualisation de la canicule plus importante que la télévision française.

[2] Par exemple, alors que Trends Z consacre 7,1% de son temps d’antenne aux questions environnementales et climatiques, LN24 ne lui consacre que 2,4% du sien. La Une et RTL, deux chaînes généralistes, consacrent respectivement 5,4% et 4,2% de leur temps d’antenne aux questions environnementales.

[3] Ainsi, alors que 37% du temps d’antenne lié à l’environnement est consacré à la production d’énergie, seuls 5% des sujets évoquent le logement alors que celui-ci représente 17,6% des émissions de gaz à effet de serre en Belgique.