La crise aura ébranlé le secteur audiovisuel et les préoccupations des Belges en matière de régulation des médias

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel publie son rapport d’activités portant sur l’exercice 2020. Une année forcément marquée par la crise. Cette dernière aura fortement impacté le secteur, particulièrement les éditeurs locaux et provinciaux, mais aussi les attentes des citoyens et des citoyennes belges en matière de régulation des médias. Le CSA constate une légère diminution des plaintes, dans une période où la consommation des médias a pourtant fortement augmenté. Si ces chiffres attestent probablement d’une confiance renforcée ou renouée envers les médias, la crise aura aussi eu pour effet de replacer le curseur des préoccupations des publics. Près d’un quart des plaintes recevables et irrecevables adressées au CSA en 2020 concernent «l’information». La majorité des plaintes recevables touchent quant à elles aux thématiques de «discriminations» qui ont également connu une forte augmentation en 2020. 

Nombre de plaintes en diminution, mais augmentation des plaintes recevables

226 plaintes ont été adressées au CSA en 2020, soit une légère diminution (-59 plaintes) par rapport à l’année 2019 (285 plaintes). Alors que la majorité de la population était en confinement et retournait vers ses médias classiques, il n’y a pas eu d’augmentation des plaintes, mais au contraire une période de trêve. Est-ce à dire qu’il y a eu là une conjonction de confiance renforcée ou renouée d’une part, et d’un souci particulier de qualité d’autre part ? Si c’est bien de cela qu’il s’agit, le CSA ne peut que se réjouir. En revanche, la proportion de plaintes recevables au CSA est quant à elle en augmentation et passe de 46% en 2019 à 62% en 2020, soit 140 des 226 plaintes reçues.

Le nombre de dossiers a, lui aussi, diminué par rapport à l’année précédente : 180 dossiers ont été ouverts sur la base des plaintes en 2020, pour 189 en 2019. Cette différence entre le nombre de plaintes et le nombre de dossiers s’explique par le phénomène des plaintes multiples sur un même sujet. En effet, un dossier peut rassembler plusieurs plaintes portant sur un seul et même sujet. Phénomène très marqué en 2017, les « plaintes multiples » ont été beaucoup moins nombreuses en 2020.

 

L’information et les discriminations au centre des préoccupations des publics 

C’est l’information qui a le plus préoccupé les publics durant l’année 2020. Les plaintes qui concernent cette thématique représentent 24,4% de l’ensemble des plaintes reçues (recevables ou irrecevables) contre 8% en 2019.

Les thématiques de discriminations représentent quant à elles la seconde préoccupation des publics en termes de plaintes reçues. Ces dernières visent le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, l’islamophobie et la grossophobie. 2020 a vu le nombre de ces plaintes augmenter de manière significative. Elles représentent pour cette année 20% des plaintes reçues contre 13% en 2019. En termes de plaintes « recevables » adressées au CSA, la discrimination est la première thématique qui mobilise les publics.

La crise sanitaire a particulièrement placé au-devant de la scène la problématique de la désinformation, mais le mouvement Black lives Matter (mort de George Floyd, décolonisation de l’espace public dans le monde entier, émissions sur Léopold II, etc.) a également résolument marqué les esprits – et les médias. Il n’est donc pas étonnant que les plaintes aient reflété ces préoccupations en 2020.

 

Crise sanitaire: les médias plus petits davantage impactés 

Même si la crise sanitaire et les effets qui en découlent sont encore loin d’être terminés, le CSA a mené deux enquêtes d’impacts auprès du secteur.

La première s’est déroulée en avril 2020, après un mois de confinement, pour évaluer et mieux comprendre la manière dont les médias se sont adaptés en début de crise, et envisager déjà les premiers impacts financiers auprès des éditeurs. Cette enquête a permis de mettre en lumière l’agilité du secteur, notamment sur la réorganisation des équipes et les reprogrammations dans un contexte d’augmentation importante des audiences. Alors que les médias ont joué et jouent encore aujourd’hui un rôle central en matière d’information, ils se sont trouvés, pour la majorité d’entre eux, dans un contexte de fragilité économique importante en début de crise puisqu’un quart des éditeurs ont souffert de problèmes de trésorerie, les obligeant à s’endetter pour honorer leurs engagements financiers.

La seconde enquête s’est déroulée en novembre 2020 et avait pour objectif d’évaluer plus concrètement l’impact économique de la crise sanitaire sur les éditeurs après un an de confinement. Même si les résultats objectifs de cet impact ne seront disponibles que lorsque les comptes 2020 des éditeurs seront clôturés, ce second rapport a pu mettre en lumière un décalage important entre les grands acteurs et les plus petits. Il ressort de cette deuxième enquête que la publicité nationale a continué d’être diffusée sur les antennes des « grands » acteurs, au contraire de ce qui s’était passé au printemps précédent.

Par contre, la situation devient très critique pour les plus petits acteurs, telles les webTV, les radios indépendantes et, dans une certaine mesure, les radios provinciales. Ainsi, plusieurs de ces médias pourraient être menacés dans un futur assez proche si la situation devait perdurer. En effet, ces acteurs dépendent davantage de la publicité locale qui a fortement fait les frais de la crise et certains d’entre eux tirent leurs revenus de participations voire d’organisations d’évènements publics qui ont, comme on le sait, totalement disparu depuis plusieurs mois. Enfin, et bien que très utiles, les aides reçues des pouvoirs publics ne seront probablement pas suffisantes à les sauver tous.

 

Les grands chantiers du CSA

2020 aura été une année particulièrement marquante pour les équipes du CSA. Malgré la crise qui a amené son lot de nouvelles mesures et de nouveaux projets, de grands chantiers ont pu aboutir en 2020. Trois études ont été finalisées. Il s’agit du premier “Baromètre de l’égalité et de la diversité en radio”, de la première étude qui évalue “l’égalité de genre dans les métiers de l’audiovisuel” et enfin, la première étude d’envergure du CSA qui analyse les nouveaux modes de consommation des médias « MAP » (“Médias : attitudes et perceptions”).

 

Perspectives 

2020 est enfin une année charnière pour la régulation des médias. Le mois de décembre aura vu le déploiement d’une série d’initiatives européennes au profit du secteur et des citoyen.ne.s européen.ne.s : le Media Action Plan qui vise à soutenir le secteur dans son ensemble, le Democracy Action Plan dont l’objectif est de renforcer la démocratie et la transparence notamment lors des processus électoraux en Europe. Enfin, la directive européenne sur les Services de médias audiovisuels a été adoptée et transposée dans le droit national par un nouveau décret (en vigueur depuis le 15 avril 2021). Ce dernier modernise la régulation et intègre de nouveaux acteurs comme les plateformes de partage vidéo. La fin de l’année 2020 marque aussi le début du chantier européen DSA, pour Digital Services Act, qui vise, en tant que futur règlement, à mieux réguler le commerce électronique et à responsabiliser les plateformes de partage de contenu et les réseaux sociaux.