Le Conseil supérieur de l’audiovisuel publie son dernier baromètre consacré à l’analyse de la présence et des représentations du genre en radio. L’étude a pour objectif de dresser un état des lieux de l’égalité entre les femmes et les hommes dans les services de médias audiovisuels de la FWB. Pour la première fois, le CSA a mobilisé un outil d’intelligence artificielle développé sur mesure pour collecter et agréger une grande partie des données du Baromètre. Un tournant méthodologique et technique qui permet d’élargir de manière exponentielle le spectre d’analyse. Au total, ce sont 27 chaînes de radio FM et plus de 9000 heures de flux radiophoniques qui ont été analysées pour nourrir le volet « Grand angle » de ce baromètre. Un deuxième volet « Focus » propose quant à lui une analyse vérifiée manuellement de 176 heures d’émissions matinales sur 11 radios.
Les résultats du « Grand angle » pointent une sous-représentation globale des voix féminines en radio, qui tend même à s’accentuer entre 2024 et 2025. La part de parole féminine passe ainsi de 36,64 % à 34,52 %. La place attribuée aux femmes en radio varie selon les types de radios et les formats. Les voix féminines dépassent 37% de temps de parole dans les créneaux horaires à forte audience mais descendent à 20% en fin de soirée.
Les résultats du volet « Focus » montrent que les femmes sont majoritaires ou davantage cantonnées à certains types de séquences comme la météo, l’info trafic et les rubriques lifestyle. En comparant les résultats de l’étude aux baromètres précédents, le CSA constate toutefois certaines évolutions positives. Par exemple, les femmes expertes invitées en radio sont désormais presque aussi nombreuses que les experts invités. Une quasi-parité jamais observée dans les précédents Baromètres que le CSA tient à souligner et à saluer.
Les émissions qui bénéficient d’une forte audience sont celles qui comptent le moins de femmes
Le « Grand angle » identifie d’importantes disparités selon les types et formats de radios. Les radios en réseau à couverture provinciale et les radios musicales adultes dépassent les 40 % de voix féminines, tandis que l’ensemble des réseaux communautaires et urbains se situent autour de 30 %, notamment en raison des faibles taux observés dans les radios musicales jeunes et news/talk. L’étude montre que les radios consacrant davantage de temps aux émissions et, parmi les réseaux, celles qui enregistrent les audiences les plus importantes sont aussi celles où les voix féminines sont proportionnellement les moins présentes. La sous-représentation féminine apparaît donc particulièrement marquée dans les espaces radiophoniques qui bénéficient de la plus forte visibilité auprès du public.
Enfin, l’étude met en lumière la très faible visibilité des identités de genre diverses dans les programmes radiophoniques. Sur plus de 1 834 heures de programmes analysées en 2024 et 2025, seuls 209 termes faisant référence à des identités de genre diverses ont été relevés. Ces thématiques sont principalement abordées sous un angle culturel ou informationnel et davantage par les radios indépendantes associatives.
Un taux de parole des femmes encore plus bas que leur taux de présence
Le « Focus » révèle que, à quelques exceptions près, les inégalités entre les femmes et les hommes sont plus marquées en termes de temps de parole qu’en termes de présence : globalement, les femmes ont encore moins la parole qu’elles ne sont présentes dans les programmes de radio.
L’étude confirme une sous-représentation des femmes dans les émissions matinales des radios en réseau à couverture communautaire et urbaine. Si elles représentent 44,05 % des personnes intervenant à l’antenne, leur temps de parole ne s’élève qu’à 38,98 %, ce qui traduit un déséquilibre plus marqué dans l’accès effectif à la parole. Cette situation est particulièrement visible dans les rôles les plus structurants des matinales : c’est parmi le personnel des radios que les femmes sont le moins présentes. Parmi les journalistes et animateurs, qui constituent le groupe le plus important, leur présence et leur temps de parole tournent autour de 40 %, avec toutefois de fortes disparités selon les fonctions exercées.
Des stéréotypes persistants en radio
Le « Focus » pointe une persistance des stéréotypes de genre dans la répartition des rôles et des sujets. Les femmes sont davantage associées aux séquences consacrées aux affects, aux questions sociétales ou au lifestyle, tandis que les hommes sont fortement présents dans l’humour, le sport ou les sujets liés à l’emploi et aux entreprises locales. L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans la recherche d’une plus grande parité quantitative, mais également dans la diversité des rôles, des sujets et des formes de prise de parole attribués aux femmes et aux hommes. Enfin, l’absence totale de personnes explicitement identifiées comme non-binaires dans le corpus du « Focus » confirme la très faible visibilité des identités de genre diverses dans les émissions matinales analysées
La forte progression des expertes dans les matinales
L’étude fait néanmoins apparaître des évolutions encourageantes, notamment dans les journaux parlés et rappels de titres, où la part de parole des femmes dépasse celle des hommes.
Par ailleurs, pour la première fois depuis la création du Baromètre en 2011, les femmes sont presque aussi nombreuses que les hommes parmi les personnes intervenant en tant qu’expertes, alors qu’elles ne représentaient qu’environ une personne experte sur quatre en 2019. Les précédents Baromètres comme d’autres études sur l’égalité dans les médias ont pointé de manière répétée la faible participation des femmes à titre d’expertes, qui renvoie à une assignation des femmes à des registres discursifs liés aux affects alors que les hommes sont plus largement associés aux registres socialement valorisés du discours critique et de la raison. Il serait donc particulièrement intéressant de vérifier si cette progression de la part des expertes se confirme sur d’autres corpus.
Ces avancées sont toutefois à nuancer : elles concernent parfois des séquences ou des rôles quantitativement secondaires, tandis que les femmes demeurent largement minoritaires en termes de temps de parole dans les espaces à forte exposition comme l’animation générale, les magazines, le divertissement et l’humour.
Comme les éditions précédentes, ce Baromètre s’ancre dans la conviction qu’une meilleure connaissance et une meilleure compréhension de cet enjeu constitue une étape indispensable à une meilleure prise en compte de celui-ci.
Alors que le Baromètre identifie des progrès en matière d’égalité au sein des émissions matinales des radios par rapport aux résultats observés en 2019, le corpus révèle que la sous-représentation des femmes reste une réalité généralisée et très marquée dans les programmes radiophoniques de la FWB. De ces deux grandes observations découlent deux questions pour les éditeurs de services radiophoniques. Comment pérenniser et généraliser les progrès réalisés en termes de présence des femmes dans les émissions matinales ? Et comment s’assurer que ces progrès s’accompagnent d’une répartition de la parole plus égalitaire ?
Découvrez le Baromètre :
Baromètre radio 2024 2025 | Collection égalité et diversité du CSA
Baromètre radio 2024 – 2025 – rapport complet
Baromètre radio 2024 – 2025 – synthèse