La dernière audition de Jean-Paul Philippot comme administrateur général de la RTBF s’est tenue ce jeudi 8 octobre 2026 au CSA. Après plus de 20 ans à la tête du service public, il cèdera sa place à Christophe Dujardin dans quelques semaines. L’occasion pour lui de revenir sur l’évolution du paysage audiovisuel et du rôle de la RTBF durant deux décennies.

La télévision évolue

Jean-Paul Philippot a rappelé que la télévision se regarde autant aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Ce sont les usages qui évoluent. Les publics se fragmentent, les jeunes générations s’informent autrement et les plateformes occupent une place croissante dans la consommation de contenus. Pourtant, la télévision reste un média central : ce sont surtout les usages qui ont changé. Sur les téléviseurs connectés, près de la moitié de la consommation concerne désormais les plateformes de streaming.  L’un des enjeux majeurs est donc celui de la découvrabilité des contenus locaux sur les téléviseurs connectés : « On régulait 100 % de la télévision en 2002, on ne régule plus que la moitié de l’écran aujourd’hui. »

Les médias publics sont des acteurs indispensables de l’écosystème

La RTBF représente aujourd’hui une part majeure de l’investissement audiovisuel en Belgique. Avec la VRT, la RTBF représente 59% des investissement dans la production audiovisuelle locale, ce qui est bénéfique pour l’ensemble de l’écosystème médiatique, y compris privé. Dans un petit marché comme le nôtre, la capacité à produire et à financer des contenus locaux constitue un enjeu culturel, mais aussi économique majeur. La RTBF a été, depuis 20 ans, un acteur important pour valoriser la culture locale. En 2002, les chaînes françaises dominaient largement les audiences en Belgique francophone. La RTBF a pu inverser la tendance rappelle Jean-Paul Philippot « aujourd’hui, on regarde d’abord du contenu belge en télévision ».

Auvio est aujourd’hui la troisième plateforme la plus consommée en Fédération Wallonie-Bruxelles tout public confondu et la deuxième plateformes derrière YouTube pour les baby Boomers. Malgré ce succès, la domination des plateformes étrangères représentent le véritable choc pour les médias locaux.

À l’horizon 2030, Jean-Paul Philippot alerte sur le risque de voir une part croissante de la valeur générée par notre secteur captée par les grandes plateformes internationales. « 1 milliard d’Euro quittera la Belgique vers les GAFAN sans aller là où il devrait aller, à savoir, l’information et la production audiovisuelle locale« . Pour faire face à cette réalité, le secteur privé s’organise. Jean-Paul Philippot a rappelé que la méga fusion IPM-Rossel regroupera la quasi-totalité des médias privés au sein d’un seul groupe. Sans un service public de l’audiovisuel comme la RTBF, l’ensemble de l’information et de la culture serait confié à un seul groupe privé… Ces fusions visant à consolider les acteurs privés s’observent partout en Europe et dans le monde et, dans ce contexte, le rôle du média public pour créer de l’information, de la culture et du lien social entre les citoyens est encore plus essentiel.

Un média public doit se connecter à tous les publics.

Malgré les coupes budgétaires, Jean-Paul Philippot a rappelé la boussole qui continuera d’orienter les missions de la RTBF : le contenu et l’information, la connexion avec les publics et la confiance.

Des enjeux qui dépassent largement le seul média public : ils interrogent l’avenir de notre écosystème audiovisuel, la capacité de nos médias à atteindre les publics et, plus largement, la manière dont nous voulons préserver un espace médiatique pluraliste, indépendant et ancré localement.

À l’issue de l’audition de Jean-Paul Philippot, le président du CSA, Karim Ibourki, a tenu a remercier l’administrateur général de la RTBF pour avoir mener à bien les nombreuses réformes sans lesquelles la RTBF ne serait pas le média qu’elle est devenue aujourd’hui.

« Il y a 20 ans, lorsque vous avez pris les rennes de la RTBF, YouTube n’existait pas encore chez nous. L’entreprise était dans une situation financière difficile et confrontée à des problèmes structurels importants. Il fallait restaurer l’équilibre financier, moderniser son organisation clarifier les responsabilités et enrayer l’érosion de ses audiences. Vous avez été capable de transformer en profondeur une entreprise publique de plusieurs milliers de collaborateurs, tout en préservant ses compétences, ses métiers et sa capacité de production. Aujourd’hui, au moment où vous quittez vos fonctions, 93% des Belges francophones entrent chaque semaine en contact avec un contenu de la RTBF. 

Vous avez défendu, pendant toutes ces années, l’idée qu’un média public devait être capable de se transformer sans renoncer à sa raison d’être. C’est probablement l’enjeu le plus important pour les prochaines années. Dans le contexte de concentration extrême du paysage médiatique, la Fédération Wallonie-Bruxelles aura plus que jamais besoin d’un service public fort, capable de produire une information fiable et indépendante, de donner aux citoyens des clés pour comprendre le monde, de lutter contre la désinformation, de développer l’éducation aux médias et de contribuer à maintenir un espace commun de discussion.

Je vous souhaite très sincèrement le meilleur pour la suite et, surtout, je souhaite à la RTBF de pouvoir continuer à s’appuyer sur cet héritage pour relever les défis qui l’attendent. »