Le Secrétariat d’instruction du CSA a été saisi de plusieurs plaintes relatives aux propos tenus par le chroniqueur M. Luc Hennart sur la chaîne LN24 au sujet de l’entartage de M. Damien Ernst, professeur à l’université de Liège. Durant cette séquence, M. Luc Hennart commente cette actualité en présentant la victime de l’entartage comme une personnalité elle-même radicale : “[Damien Ernst] est dans une telle position radicale que finalement il suscite ce type de comportement et de nouveau sans le justifier, je pense qu’il est prof d’unif’, il réfléchit, il a ses idées, je ne les partage pas mais il a une manière de les dire qui est tout aussi violente que le comportement qu’il a suscité ».
Les plaignants estiment que ces propos tendent à justifier la violence subie par ce professeur, ce qui est contraire au droit audiovisuel. Les médias ne peuvent éditer aucun programme comportant ou promouvant des discriminations ou incitant à la discrimination, à la haine ou à la violence, y compris en raison de la conviction politique.
Après analyse, le Secrétariat d’instruction du CSA a estimé que le programme en question, vu dans son ensemble, ne comportait pas d’incitation à la violence qui établirait une infraction dans le chef de l’éditeur. M. Luc Hennart trouve des circonstances atténuantes au comportement des auteurs de l’entartage dans les prises de position de la victime, mais il reconnaît également expressément le caractère violent des images et précise qu’il ne s’agit pas de justifier ce comportement. Il distingue ainsi la violence de l’acte de la critique qu’il formule à l’égard de M. Damien Ernst, dont il conteste la manière de défendre ses idées, tout en reconnaissant à celui-ci le droit d’avoir ses propres opinions. En tout état de cause, il n’y a pas d’incitation à la violence.
Analysée dans son ensemble, la séquence permet en outre de largement contextualiser l’entartage du professeur. Les autres chroniqueurs présents autour de la table étaient tous clairement défavorables à l’entartage, les propos tenus par M. Luc Hennart ont été recontextualisés et le débat de la séquence était équilibré. Le CSA rappelle la liberté d’expression est un pilier central de nos démocraties, toute restriction qui pourrait lui être imposée doit s’interpréter de manière stricte. Elle peut être restreinte lorsqu’il y a une base légale, à l’instar du décret audiovisuel, qu’il y a un intérêt légitime et que la mise en balance fait apparaître que cet intérêt légitime, tel que la lutte contre toute forme de discrimination, tout aussi essentielle, doit prévaloir sur cette première liberté pourtant fondamentale qu’est la liberté d’expression.
Après analyse de la séquence, le SI a considéré que les conditions n’étaient pas réunies dans la séquence querellée.
Bien que les propos de M. Luc Hennart aient pu choquer et heurter tout ou une partie de la population, le CSA estime que les limites de la liberté d’expression n’ont pas été outrepassées et que l’éditeur a fait un usage raisonnable et responsable de sa liberté éditoriale. Les plaintes sont dès lors classées sans suite[1].
[1] Il est à noter que le Collège d’autorisation et de contrôle du CSA peut évoquer les décisions de classement sans suite du Secrétariat d’instruction