Evaluation à mi-parcours des médias de proximité

 

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a réalisé l’évaluation à mi-parcours des conventions[1] qui structurent les obligations des médias de proximité. Il s’agit d’une évaluation importante, car ces conventions représentent le cadre de référence qui régit le secteur. Ces dernières définissent les missions et les obligations de service public des médias de proximité en tenant compte des besoins et des réalités de chacun d’eux dans un paysage en constante évolution.

L’évaluation porte, d’une part, sur le contrôle de conformité de la mise en œuvre des missions de service public. Les médias de proximité assurent des missions d’actualité, de développement culturel, d’éducation permanente et d’animation. Des obligations précisent leurs modalités de mise en œuvre, notamment en termes de production propre, de synergies ou encore de déploiement numérique.

L’évaluation à mi-parcours des conventions porte, d’autre part, sur cinq objectifs spécifiques : la visibilité de leurs missions de service public, les résultats des synergies entre médias de proximité et entre les médias de proximité et la RTBF, leurs besoins spécifiques en personnel et en équipement, le plan égalité – diversité et les obligations relatives à leur gestion et équilibre financier.

Le CSA dresse un constat globalement positif : les douze médias de proximité rencontrent tous leurs missions de service public et respectent leurs obligations, avec une progression saluée en matière d’éducation aux médias.

Le CSA souligne notamment la forte augmentation des volumes de production, qui atteignent plus de 4.600 heures de programmes en 2024, ainsi que le respect exemplaire des obligations d’information. Les élections locales de 2024 ont une nouvelle fois démontré le rôle essentiel joué par les médias de proximité dans l’information des citoyens et la couverture démocratique des territoires. La production de contenus numériques connaît également une croissance remarquable, passant de 45 heures en 2021 à plus de 530 heures en 2024. La visibilité des missions de service public dans l’environnement numérique constitue un enjeu central, pour les médias de proximité, mais également pour les publics.

Le rapport met également en évidence les progrès réalisés dans les domaines du développement culturel, de l’égalité et de la diversité. Ces résultats témoignent de l’investissement constant des équipes afin de rester au contact de leurs publics et de leurs territoires.

Dans le cadre de cette évaluation et des échanges nourris entre le CSA et les médias de proximité, ces derniers mettent en lumière plusieurs défis majeurs en vue de la poursuite de l’exécution de leur convention, dont notamment, la poursuite de leur déploiement numérique à moyens contraints et l’adéquation du cadre conventionnel avec l’évolution des usages vers les plateformes numériques. Ils appellent également à une simplification des obligations de rapportage et à une meilleure prise en compte des réalités opérationnelles du secteur.

Concernant les synergies, le CSA constate un renforcement des collaborations entre médias de proximité ainsi qu’avec la RTBF. Si ces partenariats produisent des résultats positifs, plusieurs éditeurs indiquent des déséquilibres structurels dans leur relation partenariale avec la RTBF.

Enfin, le rapport attire l’attention sur les enjeux de gestion et de financement du secteur. Malgré une situation financière globalement maîtrisée et qui s’est améliorée lors du dernier contrôle du CSA, les médias de proximité s’inquiètent de la non-indexation des subventions, de la fragilisation du marché publicitaire local et des réformes en cours qui pourraient peser sur leur capacité à remplir leurs missions de service public.

Le CSA formule une série de recommandations visant principalement à poursuivre le processus d’amélioration continue du contrôle annuel des médias de proximité, à explorer les marges de progression possibles du cadre conventionnel au regard de l’évolution des usages, à contribuer au renforcement de la relation partenariale entre les médias de proximité et la RTBF, à garantir l’accès des médias de proximité à une mesure d’audience pertinente, fiable, récurrente et financièrement soutenable et à maintenir une vigilance renforcée sur la situation financière des médias de proximité durant toute la seconde période conventionnelle.

 

 

Quelques focus du rapport d’évaluation

 

Dans le cadre de cette évaluation, les médias de proximité ont exprimé des difficultés concernant la lisibilité de certaines notions liées à l’exécution de leurs missions.  Les médias ont également pointé la lourdeur de certains dispositifs de rapportage qui leurs sont imposés. Ils insistent enfin sur l’inadaptation croissante du cadre des convention, trop centré sur la diffusion en télévision linéaire. Ils estiment que ce cadre devrait évoluer pour intégrer pleinement la migration des usages vers le numérique.

Les médias de proximité relèvent enfin l’incohérence entre l’obligation de performance qui à laquelle ils sont soumis tout en voyant leurs moyens contraints.

 

Montée en puissance sur les derniers exercices

Dans son dernier bilan annuel, le CSA constatait un dépassement important des volumes de productions des médias de proximité. Ainsi, 4664 heures de programmes ont été produites par les 12 médias de proximité en 2024. La durée de la production propre des médias de proximité est en constante augmentation par rapport aux trois exercices précédents.

En matière d’information, aucun manquement n’a été constaté par le CSA sur les trois derniers exercices. La durée minimale de 1 000 minutes par an de programme hebdomadaire est largement dépassée. Le rôle des médias de proximité prend une importance particulière lors des élections, et singulièrement les élections locales. Ils ont l’obligation de réaliser, produire et diffuser des programmes spécifiques d’information ou des séquences, reportages et interviews permettant aux citoyens de saisir les enjeux des scrutins. A l’issue des élections d’octobre 2024, le CSA relevait que cette séquence électorale avait fortement mobilisé les rédactions des médias de proximité avec des débats, émissions d’enjeux, présentations de résultats et développement de formats numériques de pédagogie électorale, notamment à destination des jeunes publics.

La production des contenus digitaux connaît également une forte augmentation, même si les résultats restent variables d’un média à l’autre. La production propre destinée à une primo diffusion sur internet est au cœur de la progression de cet enjeu : avec 534 heures produites pour le web en 2024, contre 45 heures en 2021, les médias confirment leur renforcement numérique.

Le constat est similaire du côté des missions de développement culturel et des obligations en matière d’éducation permanente. L’ensemble des médias de proximité ont dépassé leurs objectifs conventionnels et la plupart atteignent, voire dépassent nettement les seuils imposés. L’investissement en éducation aux médias s’est sensiblement renforcé, ce qui doit être salué.

Le plan égalité et diversité témoigne enfin d’une montée en puissance (absence de plans en 2022, généralisation des chartes et des statistiques genrées en 2023, généralisation des plans d’actions et des indicateurs en 2024) de l’ensemble des médias de proximité sur ces thématiques résultant d’un travail de fond substantiel entrepris sur le terrain. L’enjeu, pour la seconde période conventionnelle, consistera au passage d’une conformité documentaire à l’objectivation des mesures concrètes et de leurs effets.

 

Des enjeux de visibilité au centre des préoccupations

Les médias de proximité doivent assurer la visibilité de leurs missions de service public par une approche combinant présence de terrain (événements, partenariats locaux, valorisation des plateformes lors des événements importants de la zone), diffusion linéaire et déploiement numérique. Le Réseau des Médias de Proximité pilote une étude d’audience bisannuelle, dont les résultats globaux de la dernière font état d’une audience quotidienne de l’ordre de 600.000 téléspectateurs francophones en télévision linéaire, dont 450.000 en Wallonie, soit plus de 16 % de la population francophone, un tiers des Wallons étant par ailleurs touchés chaque semaine, en linéaire ou en numérique.

Ces chiffres attestent que les médias de proximité demeurent, pris ensemble, un vecteur d’audience significatif à l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais la question de la visibilité demeure un enjeu majeur, singulièrement auprès des publics jeunes et face aux grandes plateformes. Interrogé par le CSA, les médias de proximité estiment qu’un financement à la hauteur des investissements humains et techniques requis est nécessaire pour renforcer leur audience auprès de ces publics. La question de la mesure d’audience se pose : les médias de proximité ne bénéficient pas du retour dont disposent les grands médias via le CIM, dont les frais d’affiliation sont trop lourds. Un média de proximité plaide notamment pour des tarifs dégressifs ou pour l’obtention des données d’audience TV et radio par d’autres canaux, par exemple via les distributeurs.

 

Des synergies qui progressent, mais des pistes d’amélioration demeurent

Huit éditeurs sur douze ont accru leurs coproductions en 2024, et les collaborations se structurent. Les coproductions impliquant plus de trois médias de proximité demeurent toutefois rares, le nombre moyen de partenaires par coproduction restant stable d’exercice en exercice, autour de trois. Deux éditeurs se démarquent par leur participation à des coproductions de plus grande envergure. Les échanges de programmes sont nourris

Au-delà des contenus, les collaborations techniques et de services se déploient sous des formes variées : échanges de reportages et d’images, partage et renforts d’effectifs et de matériel, démarchage commercial concerté, interprétation en langue des signes, soutien administratif et financier, logique de groupement (Callisto, associant Canal Zoom, Boukè et TV Com), mutualisation de la fonction de directeur technique (Boukè, Télésambre et TV Com), JT partagé durant deux semaines de congés hivernaux, ou encore réunions mensuelles du collège des rédacteurs et rédactrices en chef etc.

Le secteur pointe toutefois, avec constance, un paradoxe : les modalités de comptabilisation des minutes coproduites pénalisent financièrement la collaboration que les conventions entendent encourager, dont le coût de coordination des projets communs n’est pas valorisé.

Les synergies entre les médias de proximité et la RTBF sont globalement bien mises en place et couvrent de nombreux domaines : échanges quotidiens de contenus, diffusion sur Auvio, collaborations éditoriales, coproductions, formations, partage d’infrastructures et mutualisation lors d’événements ou de périodes électorales. Certaines coopérations atteignent un niveau d’intégration particulièrement élevé, notamment lors de grands événements régionaux, et permettent une complémentarité entre l’information locale produite par les médias de proximité et l’approche plus large de la RTBF. Toutefois, l’évaluation de ces collaborations reste difficile en raison d’un suivi incomplet des volumes échangés et d’importantes disparités entre éditeurs quant à leur niveau de participation.

Certains médias de proximité jugent les relations actuelles équilibrées et satisfaisantes, d’autres estiment que ces relations pourraient être renforcées. Les collaborations les plus prometteuses sont celles qui assurent une présence régulière des médias de proximité sur les plateformes et antennes de la RTBF et qui renforcent les mutualisations techniques dans une logique de complémentarité entre information locale et régionale. Les principales attentes exprimées par les médias de proximité concernent une meilleure visibilité sur la plateforme Auvio, un accès gratuit aux formations de la RTBF Academy et une utilisation prioritaire de leurs moyens de production par la RTBF.

Sous réserve d’une confirmation contradictoire de ces constats par la RTBF, le CSA invite les parties prenantes à mener une réflexion sur un possible renforcement de la structuration et de l’objectivation des engagements réciproques.

 

Gestion et financement des médias de proximité

Concernant les besoins en personnel et en équipement, les médias de proximité estiment que leur financement stable, adéquat et prévisible est actuellement mis sous tension par la non-indexation des subventions, la dégradation du marché publicitaire local et les incertitudes de la réforme des APE, dans un contexte où le règlement européen sur la liberté des médias[i] impose de garantir aux médias de service public des ressources suffisantes, stables et prévisibles.

Les obligations d’équilibre financier des conventions sont rencontrées par la majorité des médias de proximité. Le CSA avait même constaté une amélioration de la situation financière de la plupart des médias lors du dernier contrôle annuel. Le CSA demeurera néanmoins particulièrement attentif à l’évolution de leur situation.

 

Les recommandations du CSA

Le CSA formule une série de recommandations, détaillées dans la partie conclusive du rapport. Il appelle notamment à clarifier et objectiver certaines notions, notamment liés à la mise en œuvre de leurs missions.

Le CSA estime qu’une réflexion sur la prise en compte de la migration numérique des usages et la valorisation des contenus numériques doit être engagée pour moderniser le futur cadre des conventions.

Sur le plan des synergies, le CSA mènera une réflexion sur les pistes d’amélioration de la valorisation des collaborations entre les médias de proximité. Sous réserve d’une confirmation contradictoire de la RTBF sur les constats exprimés par les médias de proximité au sujet de leur relation partenariale, le CSA invite les parties prenantes à mener une réflexion sur un possible renforcement de la structuration et de l’objectivation des engagements réciproques.

Le CSA estime que, garantir l’accès des médias de proximité aux mesures d’audience pertinentes à des conditions transparentes, soutenables, équitables et proportionnées devient essentiel pour assurer un suivi objectif de la place que ces médias occupent auprès de leurs publics.

Enfin le CSA appelle à maintenir une vigilance renforcée sur la situation financière des médias de proximité durant toute la seconde période conventionnelle.

 

Consultez le rapport dans son intégralité 

Consultez la section du site dédiée aux médias de proximité 

 

 

[1] Article 27 des conventions

[i] Article 5 du règlement européen sur la liberté des médias (EMFA)